Le marché est un puissant mécanisme de coordination, mais il n'est pas infaillible. Dans certaines situations, il aboutit à une allocation des ressources sous-optimale : ce sont les défaillances de marché. Elles fournissent la justification économique de l'intervention de l'État.
Quatre grandes défaillances
La théorie en identifie quatre principales. Les biens publics (sécurité, éclairage, défense) ne sont pas fournis spontanément par le marché, car nul ne peut en être exclu une fois qu'ils existent. Les externalités apparaissent quand l'activité d'un agent affecte autrui sans compensation, en bien (un verger qui profite aux abeilles voisines) ou en mal (une usine qui pollue une rivière). Les asymétries d'information faussent les échanges quand une partie en sait davantage que l'autre. Enfin, les monopoles naturels (réseaux d'eau, d'électricité) rendent la concurrence inefficace.
Corriger les externalités : l'exemple de la taxe carbone
L'externalité négative est la plus parlante. Une entreprise qui émet du CO2 fait supporter à la collectivité un coût — le changement climatique — qu'elle n'intègre pas dans son prix. Résultat : elle pollue plus que ce qui serait socialement souhaitable. L'outil classique est la taxe pigouvienne, dont la taxe carbone est l'illustration : en mettant un prix sur l'émission, on réintègre le coût social dans la décision de l'entreprise, qui est alors incitée à réduire sa pollution. L'État ne remplace pas le marché, il en corrige le signal de prix.
L'intervention en Afrique de l'Ouest : des priorités spécifiques
Dans la région, le rôle de l'État se lit d'abord dans la fourniture de biens publics essentiels au développement : infrastructures (routes, ports, énergie), sécurité, santé, éducation. Le déficit d'infrastructures est lui-même une défaillance que le seul marché ne comble pas, car les rendements sont diffus et de long terme. La régulation des monopoles naturels (électricité, eau) est un autre chantier central, pour concilier viabilité des opérateurs et accès abordable.
La nuance indispensable : l'intervention a aussi ses limites
Reconnaître les défaillances du marché ne signifie pas que l'État réussit toujours là où le marché échoue. L'intervention publique a son propre coût et ses propres défaillances : information imparfaite, lenteur, captation par des intérêts particuliers. Le bon critère n'est donc pas « marché contre État », mais : dans ce cas précis, l'intervention améliore-t-elle réellement le résultat collectif ? C'est une question empirique, à trancher cas par cas.
Article pédagogique. Pour les définitions, consultez le lexique.